En tant que garant du respect des lois ou de la Constitution, le juge se trouve nécessairement confronté à des recours mettant en cause des décisions des organes exécutif ou législatif. Certaines de ces décisions touchent à des sujets politiquement sensibles, parce quelles traduisent des choix discrétionnaires de la part de lune et lautre de ces deux branches. Face à cette situation délicate, le juge doit concilier deux impératifs potentiellement contradictoires. Il semble, dune part, avoir lobligation de trancher les litiges qui lui sont soumis, afin de concrétiser les exigences de lÉtat de droit (ou de la rule of law). Dautre part, il est tenu de respecter le principe fondamental de séparation des pouvoirs, lequel exige quil nexcède pas ses compétences. Ces deux impératifs étant communs à toutes les démocraties occidentales, le problème sy est par conséquent posé. Pour y répondre, une solution similaire a pu être donnée par les jurisprudences de différents systèmes. Ces affaires ont donné lieu à la reconnaissance dune catégorie particulière dactes, dont limmunité juridictionnelle constitue le caractère principal : les political questions aux États-Unis, les Acts of State mais également les actes émanant du pouvoir de prérogative royale en Angleterre et, enfin, les actes de gouvernement et les actes parlementaires en France.
En dépit des différences culturelles de ces systèmes juridiques, il est intéressant de voir que ces catégories jurisprudentielles regroupent des litiges aux objets similaires. En dautres termes, la doctrine des « questions politiques » suggère quil existerait une matière politique distincte de la matière juridique. Lobjectif de cette recherche sera dinterroger la pertinence de cette apparente dichotomie entre droit et politique, à travers une analyse du contentieux des « questions politiques » et des études doctrinales qui lui ont été consacrées.