La faillite de la règle est ancienne. Sous lAncien Régime, bien souvent les lois ne simposent que sur un mode facultatif et constituent un instrument défaillant du pouvoir monarchique. Certaines demeurent à létat de vu pieux, dautres peinent à être appliquées, sont laissées en « souffrance », quand elles ne sont pas totalement enfreintes par les gouvernés ou ceux chargés de les faire respecter. Bien quelle oblige, la loi est lobjet de perpétuelles transgressions, soit quon lignore, quon la rejette, quon la déforme, quon la contourne. Cest sous cet angle que les différentes contributions à cet ouvrage abordent lhistoire de la loi à lépoque moderne. Toutes nourrissent ce constat : il existe une désobéissance à la loi propre à la modernité. Celle-ci se signale notamment par son caractère généralisé, la variété de ses formes, les multiples raisons avancées pour la justifier, mais aussi par la réponse très mesurée que lui apporte le pouvoir. Dès lors, la désobéissance dont il est ici question est « à géométrie variable », par « action », « volontaire », « évitée », « pardonnable », « légitime », ou encore « revisitée », illustrant par-là les « paradoxes inhérents à la construction de lÉtat moderne et au déploiement de la souveraineté monarchique », (A. Rousselet-Pimont, dans la préface).