Les biens intellectuels ont la particularité dêtre doués dubiquité : ils sont susceptibles de faire lobjet dune infinité dusages simultanés, et ce dans le monde entier. Outre quelle les fédère, cette caractéristique les distingue radicalement de tous les autres objets de propriété, corporels comme incorporels.
Lubiquité questionne le droit des biens par ses deux aspects. Comment justifier, par exemple, quun objet dont une infinité de personnes peuvent jouir simultanément soit réservé à lusage dun seul ? Comment inclure un bien ayant la faculté de se trouver en plusieurs endroits à la fois au sein de la distinction des meubles et des immeubles ?
Quant à son appropriation, lapparent paradoxe entre propriété et ubiquité ne se résout pas par une exclusion pure et simple des biens intellectuels du champ de la propriété, mais par linfléchissement de certaines caractéristiques de cette dernière. Labsolutisme et la perpétuité en moins, la confrontation de lubiquité à la propriété permet den livrer une épure, resserrée autour de lexclusivité et de limprescriptibilité.
Quant à sa qualification, elle mène à une conclusion iconoclaste : sa requalification immobilière, basée sur le constat que ce qui est partout à la fois ne peut être déplacé. Cette requalification ouvre la voie à lapplication de nouvelles notions aux biens intellectuels, qui contribue à la fois à esquisser un droit commun de la propriété intellectuelle, mais aussi à revigorer le droit civil des biens.